Trail de Haute-Provence 2015

Publié par Nicolas le 01/09/2015

C’était il y a maintenant plus de 3 mois, mais impossible de trouver le temps d’écrire. C’était mon premier trail, le 45 Km (48 km et 2300mD+ après modification du parcours de dernière minute) du Trail de Haute Provence.

Trail de Haute-Provence 2015

Départ 8h du matin à St Étienne les Orgues, 140 personnes au départ pour cette seconde édition, tout le monde sourit et ambiance très détendue malgré la journée qui s’annonce. Le départ est donné, le début d’un long calvaire pour moi !

Trail de Haute-Provence 2015

On part directement en côte et en sentier, pas d’échauffement. Je me mets dans les derniers pour pas trop forcer, mais j’ai la bougeotte et mes jambes ont envie d’avancer. Je me cale derrière ce que j’imagine être un V3 (coureur de plus de 60 ans), qui relance tout le temps et me donne un bon rythme. A défaut d’expérience, je profite de celle des autres! Il discute avec une V2 (plus de 50 ans), puis lève le pied, il ne faisait que lancer cette seconde personne, que je me mets donc à suivre. On approche du km 5, tout va toujours bien, le rythme s’accélère, on est en pleine forêt au pied de la Lure et on enchaîne les montées et descentes en hors piste. Je suis toujours derrière la coureuse V2 mais je sens que je la gêne, et elle ne tardera pas à me le confirmer en doublant 2 personnes au forcing pour mettre de la distance. Je continuerais à la voir de loin dans les débuts de la grande montée vers la crête de la Lure, mais j’ai pas le niveau pour suivre.

Rapidement, c’est le début des soucis. Je suis dans la montée, « dré dans l’pentu » en sous-bois dans 20 cm de feuilles. On est un petit groupe, ça avance bien mais une première tension apparaît derrière la cuisse. Elle m’inquiète un peu parce qu’elle est vive et que je ne l’ai que d’un côté… une blessure? Quand c’est de la fatigue ou un autre souci, je le ressens en général des 2 côtés. Je lève un peu le pied pour voir comment ça réagit, je lâche le groupe, mais la douleur persiste. J’arrive juste à la canaliser en ralentissant. La bonne nouvelle est que tout le reste va bien, je me sens vraiment bien, et je profite pleinement de cette aventure.

Trail de Haute-Provence 2015

Km 12, premier ravitaillement, content d’y être, on arrive sur la crête, je sens encore la douleur mais j’arrive à tenir un bon rythme. Je vois la coureuse que j’avais suivie en bas quitter le ravitaillement, je n’ai visiblement pas trop perdu de temps. Par contre j’ai besoin de me reposer un peu, je prends mon temps, je bois bien, mange, et je repars à bonne allure.

Trail de Haute-Provence 2015

Le parcours le long de la crête est magnifique, mais malheureusement beaucoup trop court.

Trail de Haute-Provence 2015

Le parc régional a interdit certains passages à la dernière minute, nous obligeant à un long détour de plusieurs km à flanc de montagne. C’est la partie la plus dure qui va m’achever. Y’a quelque chose qui ne marche plus, je me sens toujours bien dans la tête, mais les jambes ne suivent plus, la douleur monte petit à petit de partout. Est-ce que je suis parti trop vite? Problème d’alimentation, d’hydratation? Les questions fusent dans ma tête, mais la seule solution est d’avancer.

Je ne sais plus trop ou je suis, le ravitaillement suivant est beaucoup plus loin qu’annoncé initialement, et surtout je n’arrive plus à courir, dès les premiers pas, mes jambes sont tétanisées par des crampes. Des groupes me doublent en permanence, je me concentre sur ma course, je n’ai pas encore fait la moitié… J’alterne course et marche, en suivant les crampes. Je n’arrive parfois pas à courir plus de 5 sec, je marche le même temps, et je repars. Il faut avancer.

Trail de Haute-Provence 2015

J’arrive enfin au second ravitaillement, plein de supporters sont là (dans mon dos quand j’ai pris la photo) pour nous motiver, ça redonne le sourire. Je prends mon temps, je mange, bois, discute un peu, récupère.

Je repars en meilleur forme, je sens bien la différence, mais malheureusement ça ne dure pas bien longtemps. On attaque la descente et je suis tétanisé, impossible de courir. Chaque muscle de mes cuisses va tour à tour chanter sa douleur dans une magnifique symphonie de crampes, me permettant l’identification précise de chacun de ces petits muscles formant ma cuisse.

Étonnamment, aucune douleur dans les mollets, je ne m’en plains pas.

Je suis tout seul dans la descente, les groupes sont désormais devant, je marche avec ma douleur, quand une dame de près de 60 ans (ou +?) arrive derrière moi. C’est incroyable de voir des gens comme ça faire des trails. Elle ralentit pour me motiver et me dire de courir, qu’il faut avancer. J’essaie de la suivre et on en profite pour discuter un peu. Le fait de parler me fait oublier un peu la douleur. Ça fait des années qu’elle court avec son mari qui est devant nous. Elle est impressionnante, elle relance en permanence, elle me conseille. Finalement, j’arrive à la suivre, en alternant course et marche pour atténuer les crampes. On vient tout juste de passer la mi-course…

Elle finit par me lâcher, je n’arrive plus à suivre. On est dans un sous-bois descendant, un sentier souple avec des racines qui est un peu monotone. Un peu trop pour elle certainement, un cri brise le silence, elle vient de tomber tête la première sur le chemin… Quand j’arrive elle est complètement sonnée, hurlant de douleur, visiblement le nez fracturé. Je veux l’aider mais elle me demande de la laisser seule, je veux vérifier son portable pour pouvoir appeler le secours si nécessaire mais elle refuse, je l’aide à rassembler ses affaires, je prends son numéro de dossard et l’heure pour la signaler au prochain ravitaillement et je continue. Elle mettra 10 min pour me rattraper et me doubler, elle finira quasiment avec une heure d’avance sur moi, le nez cassé…

Je dois continuer à courir, je médite sur la douleur, de longues heures de méditation… dès qu’une crampe monte, je marche, dès que j’ai récupéré, je relance. Je suis concentré sur ce rythme.

J’arrive enfin à Saint Etienne les Orgues, l’avant dernier ravitaillement. Il me reste 15 km à parcourir avec encore du dénivelé sur la fin. Je ne sais pas combien de temps je suis resté là, peut-être 20 min, 30… mais je veux finir, alors autant reprendre des forces.

Je repars en pleine forme, à quelque chose près 😉 surtout je commence à m’habituer à la situation. Je continue à alterner marche et course au rythme des crampes et des douleurs, et mon esprit arrive enfin à divaguer un peu. Faut dire que ça commence à sentir bon, on est sur la partie la plus facile du trail, et je sais que je suis capable de finir. Je parcours les 7 km qui me sépare du dernier ravitaillement dans un état proche de l’épuisement, mais avec le sourire.

Dernier ravitaillement, avant la dernière difficulté et l’arrivée. Je prends encore mon temps, je ne suis plus pressé. Je regarde la dernière bosse à passer en prenant des forces et en discutant un peu avec les bénévoles et un coureur qui attend un médecin.

Le soucis est que le chemin qui repart du ravitaillement descend, des mètres de dénivelés qu’il faudra remonter pour passer la bosse des Mourres… Je m’engage dans cette dernière portion. Les jambes font mal en descente, et mon moral suit irrésistiblement le sens du chemin, vers le bas. Je ne me contente plus de penser, je parle à haute voix, parfois j’hurle, je cherche tous les petits moyens que mon corps peut m’offrir pour tenir. J’en rigole quand je vois que je suis suivi.

Ça y est, je suis au pied de la dernière difficulté, 200 m de dénivelé à grimper, pas grand chose à l’entrainement, une montagne aujourd’hui. Je vois 2 coureurs sur la pente. J’attaque en marchant, à mon rythme, et surprise, je les rattrape 🙂 J’arrive au sommet juste derrière eux, et pour la première fois depuis le 5ième kilomètre je double des coureurs! Ils me disent que j’ai de la chance d’avoir encore du jus, j’en rigole et je continue dans la descente, avec la banane, mais en les surveillant quand même, je tiens à ces 2 places de gagné!

Forlcalquier, je ne sens plus mes jambes, je ne sens plus grand chose d’ailleurs, je cours sur un nuage, les yeux vaguement embrumés, la ligne d’arrivée est là, mes enfants me rejoignent et courent avec moi, et je finis mon premier trail, au bout de 9h d’efforts. Je suis heureux, mais je suis immédiatement envahi par un sentiment bizarre, celui que l’on ressent quand on vient de vivre un moment incroyable, et qu’il est fini. Je regarde la ligne d’arrivée, mon fils me demande si je veux le refaire, j’en rigole, mais oui, c’est quand qu’on repart?

Trail de Haute-Provence 2015