Journal de bord du 13/01/17

Publié par Nicolas le 14/01/2017

Convoyage d’Okolé - Sun Magic 44 en parfait état de fonctionnement - du port d’Arzal à la Trinité sur Mer avec 3 personnes, Côme Trossat, jeune moussaillon de 11 ans, Auguste Trossat, spectateur silencieux de 6 ans, et moi Nicolas Trossat, skipper expérimenté de 39 ans.

Départ à 8h du matin, arrivé à bon port à 20h le soir. Première navigation pour moi à bord d’Okolé, elle fut longue et agitée mais sans événement problématique.

Je commence à avoir l’habitude du premier jour sur un bateau. Ce sont toujours les journées où tout arrive, souvent lié au stress, au manque d’expérience, et au contrainte météo qu’on a moins ensuite, le premier jour, on veut partir ! La journée d’hier n’a pas failli à cette tradition…

Le départ est fixé à 8h du matin pétante. La marée haute est déjà passée depuis plus de 2h, et nous sommes sur la Vilaine en amont du barrage d’Arzal. Il faut passer l’écluse, descendre la Vilaine, et enfin traverser l’embouchure dont les fonds sont encore plus haut que dans la vilaine. Je sais qu’il faut y être le plus tôt possible pour avoir une chance de sortir en mer sans encombre avant la marée basse. C’est limite, mais le barrage d’Arzal annonce une quote suffisante pour passer à 8h, l’heure du premier éclusage.

Renseignement pris, je sais aussi que l’échouage ne sera pas grave, c’est de la vase partout sans risque pour le bateau, a priori seul la fierté du skipper peut en prendre un coup…

Nicolas trossat

7h59, nous larguons les amarres. Il fait encore nuit, je manœuvre à la frontale, Côme est très motivé et m’aide a redisposer les amarres et les pare-battages pour passer l’écluse. Une fois devant, les portes sont encore fermées. Pas très grave pour le moment, c’est parfait pour s’entraîner à l’amarrage qui a la même configuration dans l’écluse que dans la zone d’attente.

Puis on attend… On a enfin un message pour nous dire que l’écluse a eu un soucis suite à la tempête de la veille mais que nous devrions passer rapidement. Nous passerons finalement avec 45 min de retard, sans encombre, mis à part un peu d’agitation quand l’amarre arrière que j’avais frappé trop rapidement c’est défaite et que le bateau est partie en crabe. Un bon coup de gaz plus tard, on est en place.

Ecluse d'Arzal

La sortie de l’écluse fait partie de ces moments que Jean le Cam qualifie d’inavouables… Les canaux et entrées de port sont toujours balisés avec une bouée babord rouge et une tribord verte. On doit toujours laissé la babord à gauche et la tribord à droite. Mais il y a un piège, le sens dépend de si on rentre ou on sort du port, ou si on monte ou descend un canal ! Et forcément, ce sens dépend des pays… En France, on considère que le fait de rentrer au port est prioritaire, on laisse donc à babord les balises babord quand on rentre au port, on les laisse à tribord quand on en sort. C’est clair? Pour moi ça l’a toujours été, mais je n’arrive jamais à retenir le bon sens 🙂 Heureusement, les entrées de canaux et de port sont très souvent constitués de 2 balises, ce qui évite d’avoir à se poser des questions, mais hier matin il n’y avait que des balises tribord pour indiquer le chenal dans la vilaine, et forcément je me suis planté…

J’ai été bon pour un premier enlisage dans la vase, mais comme j’allais tout doucement j’ai pu revenir dans le canal et j’ai laissé les bouées tribord à babord pour reprendre ma route sur la Vilaine. J’ai un tirant d’eau de 2m12 et l’eau étant trouble et la marée baissante, il fallait impérativement que je reste dans le lit de la rivière.

La vilaine

La descente de la Vilaine au petit matin est magnifique ! J’ai pas pu faire de photo, trop occupé à m’assurer d’avoir assez d’eau sous le bateau… Et je commence à me douter que je n’aurais pas assez d’eau pour sortir dans l’estuaire, mais je n’ai pas vraiment d’alternative, donc on avance autant qu’on peut.

On sort enfin de la Vilaine, et comme prévu, les fonds remontent d’un coup et me barre le passage. Je m’envase une première fois, tente un second passage plus loin, puis je laisse tombé, il faut attendre la marée haute. On est déjà envasé mais l’eau ne doit plus beaucoup descendre et on ne risque rien. Je mets l’ancre pour ne pas être pris par le courant à la marée montante, et je me détends enfin un peu !

13h30, le bateau flotte et tout s’est très bien passé, on lève l’ancre et on reprend enfin notre route vers la Trinité ! Je prépare les voiles, débloque la drisse de grand voile, la libère en ouvrant le lazybag, quand le vent commence à monter… 10, 15, 20, 25, 30kt… Un grain passe sur la terre…

Coup de vent en Sun Magic 44

J’attends du coup avant d’établir les voiles, mais le vent continue de monter  35… 40… 43,2 mesuré au max par l’anémo ! Le bateau se couche sans voile, la GV commence à monter toute seule, j’appel Côme pour qu’il me surveille, je dois retourner à l’avant pour tout sécuriser… il est 14h, on a même pas commencé à naviguer, d’ailleurs on est même pas encore vraiment en mer…

Le vent retombe à 12-14kt, mer plate, enfin du beau temps pour naviguer ! On envoi la GV et le génois, et on fait route sous voile, moteur éteint \o/

Ca durera 10 min… en pendant les 2h qui suivront, je passerais mon temps à manœuvrer pour gérer le vent changeant en force et en direction, de 10 à 25kt, W à WNW. J’arriverais à caler le bateau correctement 2*20min en tout, le reste du temps je suis au winch.

16h30, de toute évidence on ne peut pas rejoindre la Trinité sous voile avant le milieu de la nuit, le vent est plus Ouest que prévu, nous barrant la route et générant des vagues courtes de 70cm à 1m qui nous ralentissent considérablement… Je commence à tomber le génois pour rester sous GV + moteur, et finalement à 17h30 on passera sous moteur seul, face à la mer, à planter des pieux (le bateau retombe violemment derrière la vague) pour éviter de rejoindre le port trop tard. Je ne supporte pas ça, mais y’a des jours ou il faut…

20h. Port de la Trinité. A la VHF.

  • Capitainerie, Capitainerie, Capitainerie pour Okolé, vous auriez une place pour moi?

  • Bonjour Okolé, oui pas de soucis, vous pouvez aller au ponton invité.

  • Je ne connais pas le port et je n’ai pas trouvé le ponton invité sur la carte, il est ou?

  • Juste après la première darse, vous tournez à gauche et c’est là.

… le coup de la darse… il manquait plus que ça… c’est quoi une darse? Ca se demande à la VHF? Pas trop le temps de regarder Wikipedia ni de me poser trop de questions, je vois le grand quai en béton à l’entrée du port avec pleins de places, je me dis que ça doit être là. Je m’approche et dans la pénombre j’aperçois Sodebo, le trimaran de Thomas Coville qui vient de battre le record du tour du monde en solitaire…

  • Capitainerie pour Okolé, c’est bien à côté de Sodebo le ponton invité? (qui tente rien n’a rien hein..)

  • Non c’est de l’autre côté mais vous pouvez vous mettre là, y’a pas de soucis !

  • MERCIIIIII \o/

Sodebo ultime

Bateau amarré après 12h de navigation, j’ai enfin pu savourer l’une des meilleurs bières de ma vie, sur mon bateau, face à Sodebo 🙂

Au final, tout du début à la fin de cette navigation s’est passé de travers, sauf pour les enfants, le bateau et moi. On a très bien géré ces conditions difficiles, on n’a jamais été dépassé ni en difficulté, et le bateau est vraiment fiable, tout marche du premier coup !

Le départ pour le convoyage est prévu lundi matin, si la météo le permet, direction le Portugal, puis l’Espagne et enfin le retour à Hyères dans 4 à 6 semaines.

Bonus track, ce réveil absolument magique :

Sodebo ultime

Sodebo ultime