Passage en force…

Publié par Nicolas le 31/01/2017

On est donc parti de notre mouillage, c’était samedi après-midi? Je m’y perds…

La nuit et le lendemain furent doux… on aurait pu définir la calmitude à ce moment là 😉

On coupe le moteur dans la journée de dimanche, au près par 8kt de vent, toute voile dehors, le bateau glisse quasiment à plat à 5kt. L’eau et l’air à 18°C, le soleil qui commence à mordre la peau et les yeux.

Je me dépêche de lire, de me reposer, de manger, de regarder la mer, d’écouter de la musique, je ne sais plus ou donner de la tête ! Je profite de ce moment coupé du monde, hors du temps, jusqu’à la lie.

On passe la nuit sous voile, mais le vent est faible, on avance doucement. Le vent se relève vers 6h du matin, il est parfait, il nous pousse vers Gibraltar à bonne allure, je regarde un catamaran le long de la côté qui suit la même route que nous. Il a sa grand voile haute mais visiblement il triche, il a également son moteur 😉 Mais je suis content, sous voile seul, je le tiens pour le moment.

7 ou 8h du matin, c’est la sanction. La porte de Gibraltar se ferme subitement et définitivement pour 48h. On est en retard. Le vent refuse et vient directement de l’embouchure, je test le large, la cote, rien à faire, le vent tourne au fur et à mesure qu’on contourne, il s’étale et quoiqu’on fasse, il se dresse face à nous.

Le vent forcit également, on rince les rails de fargues. Je réduis la toile, mais je connais la sanction, plus on réduit le génois, moins on cap. Il me faut une trinquette à poste !

Et le courant s’y met… 2kt dans la figure, rien que ça.

Mon moral, mais ou est passé ce fichu moral?!?

Pour ceux qui ne navigue pas, les rails de fargue protège la liaison coque-pont. Quand ils sont dans l’eau, le bateau gîte au moins à 30°. C’est précisément comme si vous installiez votre salon et votre cuisine sur une piste noir, directement dans la pente. On ne traverse pas le bateau en se tenant, on se suspend.

Décision est prise, on cherche refuge dans le premier mouillage potable. Je vais à la côte pendant que le catamaran visiblement intrigué par mes précédentes performances tente le large.

On tire des bords pour enfin atteindre le premier espoir de mouillage. Espoir instantanément rincé par le vent et la houle, tout est exposé. Ça tiendrait sans soucis pour une pause, mais on cherche un refuge pour 48h.

Je me demande pourquoi mon moral flanche aussi facilement. Ecrire permet de mettre un peu de perspective…

Bref, j’en profite pour tomber les armes, enfin les voiles… je mets le moteur, face au vent. C’est là que je me rends compte qu’on a 2kt de courant face à nous. Finalement je me demande comment j’ai fait pour avancer jusque là sous voile ^^.

Mais la mauvaise nouvelle c’est que tous les mouillages sont identiques, impossible de se réfugier proprement. Par-dessus tout, le catamaran me met une rouste, bien sur il est au moteur depuis le début, mais ça m’énerve.

Il ne reste plus qu’un choix, se réfugier juste derrière Tarifa, mais ca ne me plait pas vraiment. On ne peut pas aller au port, tout le monde le déconseille, c’est un port de pêche, pas de plaisance. Et on ne pourra même pas descendre pour visiter si on se met au mouillage, c’est déprimant avant même de commencer…

15h. On arrive, doucement, à 2-3 kt, toujours face à la mer, au vent, et au courant. Et là je vois mon ami le catamaran désormais largement devant moi passer le cap de Tarifa, il continue directement sur Gibraltar !

Et moi ?

Je regarde la carte… Eurêka !!! Le courant s’inverse, le tapis roulant se met en route, je vais pouvoir continuer jusqu’à Gibraltar au moteur sans trop forcer !

Il faut quand même que je vous explique l’histoire du tapis roulant. Sur la côté d’azur, il faut beau et chaud. L’eau de la méditerranée s’évapore pour aller retomber un peu plus loin en Bretagne. Mais il faut bien que toute cette eau revienne chez nous ! et donc elle passe par Gibraltar… Ça génère un énorme courant, qui ne se calme qu’a marée basse. Mais hier, le vent d’Est a généré un fort courant contre le tapis roulant, ralentissant sa mise en place.

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Alors voila. On passe Tarifa et on s’engage dans le détroit, face au vent, au moteur, mais avec le courant qui commence à nous pousser. Un dernier salut de l’Atlantique qui nous porte jusqu’à l’entrée de notre jardin, la Méditerranée !

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S’en suivra 2h d’émotion, entre Europe et Afrique, Atlantique et Méditerranée, lecture de l’autobiographie de Corneille que l’on m’a offerte, souvenir des passages au Maroc de ma jeunesse, et ces fichus pécheurs du dimanche, cargos et ferrys qui déboulent de partout et qui me sortent violemment de ma torpeur!

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La baie de Gibraltar est incroyable, l’impression de traverser un terrain de rugby en plein match, mais avec des cargos. Je tourne la tête, un ferry me fonce dessus à 20kt !!! Il bifurque juste devant nous… o_O 30 seconde plus tard, le cargo juste devant tourne d’un coup pour se mettre au mouillage, nous barrant la route, on rase le suivant, puis on évite de justesse une barque d’un pécheur, mais faut faire attention, un bateau pilote arrive à vive allure à tribord !

On passe l’avant port, on respire…

Mais ou sont les mats?!? Rhaaaa ce fichu guide qui n’est pas à jour… il faut que je le jette, au moins je ferais l’effort de me renseigner sérieusement avant d’arriver dans un port… La marina a été déplacé de l’autre côté.

J’arrive enfin dans la marina. Étonnant que tout soit en Espagnole finalement. On me signale que j’ai pas le bon pavillon. Hein?!? Je comprends rien avec le statut de Gibraltar perso…

Enfin si, j’ai compris, j’ai raté le port, je me suis finalement installé dans une marina Espagnol 😀

Bonne journée à tous!

Nicolas