La cathédrale bleue

Publié par Nicolas le 01/07/2017

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Encore un week-end fatiguant, de ceux qui nous tirent un grand sourire au milieu des cernes du lundi matin… Le dernier d’une longue série qui a commencé début Avril et qui nous a vu accueillir nos proches à bord pour un au-revoir plus intime qu’une grosse fête.

Mais il ne faut pas trainer, doucher notre fatigue à l’eau iodée, remplir les cales, et lever l’ancre, on est attendu le plus tôt possible en Corse pour croiser les parents de Flo.

La météo est variable, méditéranéenne, douce si ce n’est molle, pour finir par se lever et montrer la force que lui donne le soleil et les massifs qui l’entourent. On sait qu’on arrivera en Corse sous BMS (Bulletin Météo Spécial - pour dire de rester au port…), 35kt d’annoncés dans les fichiers, il faut être prêt pour du 40 à 50kt (proche de 100km/h), mais on sera au portant (vent dans le dos), et on aura moins de 12h à ce régime. L’arrivée à l’Ile Rousse semble protégée, on pourra se réfugier à notre arrivée, normalement… si tout va bien…

C’est le problème des rendez-vous, on prend systématiquement plus de risques… Enfin d’un autre côté, on ne part pas faire un tour du monde si on n’est pas serein dans ces conditions - enfin il me semble 😉

Lundi donc, 14h. Au revoir Collioure, bonjour le large ! On est au près dans 10kt de vent, on file doucement en ligne droite vers notre destination, toute toile dehors. Il fait beau, la mer est calme. Les enfants jouent à l’intérieur du bateau. On est chez nous.

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Mardi. Mer d’huile. Fait trop chaud. Je plonge, et je ne peux résister, j’ouvre les yeux.

Une cathédrale aux milles bleus s’offre à moi, sans fin, le soleil est au zénit et l’ombre du bateau plonge vers l’abime, 2 000 mètres plus loin. Le vide absolu. Moment magique en dehors de tout temps, de tout espace. Je respire rapidement pour replonger la tête sous l’eau et admirer, me fondre dans cette expérience unique, n’en rater aucune miette, graver cette expérience en moi, l’absorber, la retenir.

Mercredi. On entre dans le vif du sujet, on doit arriver dans la nuit. Le vent monte doucement, le bateau accélère, la mer s’anime. La VHF répète en boucle le BMS. Petit à petit, le bateau penche, les vagues apparaissent à l’arrière et commence à nous pousser, tranquillement, puis moins… Nous qui naviguions jusqu’à maintenant à 3-4kt, on passe à 5, 6, 7, 8kt… Le soleil se couche, je rentre la GV (Grand voile) en prévision de la nuit, rester sous génois sera largement suffisant, même si le bateau roule un peu plus dans cette configuration, la GV est toujours plus compliquée à rentrer de nuit si le vent monte d’un coup.

La nuit s’impose. La Lune file vite, elle n’a pas envie de lutter ce soir. Elle nous laisse libre au milieu des étoiles.

Le vent continue de monter, 30kt, puis 35kt. La mer gronde, 2m de houle viennent désormais nous botter le cul, le bateau vibre dans la nuit, 9kt, 10kt, 11kt, on part au surf !!! Enfin on le devine, parce qu’on ne voit rien, seul l’écume des plus grosses vagues se reflète dans la lumière du carré, la mer est juste noire, vide. On la voit par l’absence d’étoiles.

Gaspard et Auguste dorment comme des bébés, Côme et Flo sont retenus par le bruit et la tension qui règnent. Pas de quart du coup cette nuit, je vais devoir me débrouiller seul… je dormirai demain. Et puis j’aime ces nuits où tout est tangent, seul le cap est connu, le reste est à vivre, sans échappatoire.

Minuit, les lumières de Calvi apparaissent.

4 heure. L’Ile Rousse est devant nous, je passe le cap, j’allume le moteur, je rentre le dernier bout de voile qui nous restait, on jette l’ancre.

Je m’allume une dernière clope.

J’aime la Mer, j’aime la Corse, je chéris cette liberté fraichement acquise.

Puis je vais me coucher, je l’ai bien mérité 😉

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