Quand ton annexe tombe en rade...

Publié par Nicolas le 11/09/2017

Ah ah ! Il m’en ai arrivé une bonne ce matin, rafraîchissante en tout cas ;)

Bon j’en rigole maintenant, mais sur le moment vachement moins…

9h du matin. L’heure de ma ballade matinale. Les magasins sont ouverts, il fait encore frais, quoi qu’il fasse quand même de moins en moins chaud en journée maintenant, et surtout je ne peux pas encore travailler, il n’est que 8h en France. J’aime bien en profiter, j’y vais tous les jours. Je marche une heure, en bord de mer, puis en traversant la ville. J’en profite pour passer au marché et voir mon ami Dimitri le maraîcher qui nous ramène la production de son village.

Mais ce matin j’étais doublement motivé, je dois trouver un moyen de récupérer des batteries et d’autres matériels pour préparer le convoyage retour (un article est en préparation) et j’ai besoin d’une adresse pour me faire livrer tout ça, si possible aujourd’hui pour pouvoir confirmer mes achats.

Je savais que le vent devait monter dans l’après-midi, mais pas forcément ce matin. C’était encore calme en tout cas quand je me préparais… mais à peine sortie, il y a 20kt dehors. Grrr… c’est limite… le plan d’eau est agité, et surtout j’aime pas trop laisser le bateau seul avec du vent. Mais il faut que j’y aille, c’est important…

Je monte tant bien que mal dans l’annexe, parce que ça commence à secouer, et hop, on part direction le petit port du club Nautique de Corfou.

Et forcément, au bout de 50m, le moteur s’arrête net. Pas de bavure. Ok, je dois être à sec. J’ai toujours mon petit jerrycan à bord de l’annexe. Je refais le plein en essayant de ne pas en mettre partout malgré les vagues, mais ça ne redémarre pas…

Sacrebleu ! Mais bien sur ! (Ok c’est pas précisément ces mots auxquels j’ai pensé sur le moment) Il a plu… Ça fait tellement longtemps qu’il n’avait pas plu que j’avais complètement oublier ce petit détail… Le bouchon du réservoir de l’annexe n’est pas étanche, malgré les 3 joins différents que j’ai pour le moment pu tester… Du coup l’eau rentre un peu dedans. Puis l’eau va dans le carburateur, puis dans le moteur, qui lui n’aime pas l’eau. Enfin je sais pas précisément, puisque à chaque fois il se contente de fermer sa gueule. J’en ai déduis qu’il n’aimait pas.

Premier réflexe, relever la tête pour analyser la situation. Je dérive sur la côte constituée d’un mur infranchissable contre lequel les vagues viennent jouer. Il y a un échappatoire à droite, un escalier ou l’on peut accoster, et de l’autre la digue du port qui est également équipé d’une échelle pour les baigneurs. L’entrée du port étant à l’opposé, je ne peux pas la rejoindre sans longer toute la digue. J’ai pas plus d’une minute pour me décider avant de foncer sur le mur.

Quoi qu’il en soit, la solution est une petite vis sous le carburateur qui permet de le vidanger. Autrefois, à l’époque ou il pleuvait, j’avais un tournevis dans l’annexe. Bien évidemment ce n’est plus le cas. J’essai avec tout ce que je trouve, mais impossible de tourner cette fichue vis de vidange. 30 secondes sont passés, j’ai grillé mes cartouches, c’est l’heure du bain.

A ce stade de l’histoire, tout marin aura remarqué que je n’ai pas parlé de mes rames, ustensile indispensable à bord d’une annexe. Et ben… Ca fait belle lurette qu’on a perdu une rame… Donc l’autre ne sert à rien. Et puis je peux nager donc tout va bien non ? …

L’eau est encore à 26°C, autant dire qu’il fait plus chaud dans l’eau que dehors. Je me jette donc, avec mon magnifique caleçon rose délavé. Je sais plus pourquoi j’ai un caleçon rose, quelle idée… en tout cas j’ai pu l’exhiber ce coup-ci.

Je choisi d’aller vers la digue du port, j’ai plus de chance de trouver un tournevis là-bas, et je commence à nager contre les 20kt de vent en tirant l’annexe. Contre toute attente, je m’en sors assez bien, dans mon malheur le vent vient de se lever et le courant n’est pas encore établit. Je ne sais pas du tout combien de temps je mets, mais pas si longtemps que ça et sans trop forcer, j’arrive sur la digue. Je sors de l’eau par l’échelle, et j’amarre l’annexe qui reste à lutter contre les vagues qui la jette pour le moment pas trop fort contre la digue.

Je mets mes affaires au sec, et je fais un petit tour des lieux, mais visiblement un lundi à 9h du matin, le coin est désert. Je reste là à sécher quelques minutes en arborant fièrement mon caleçon rose délavé et trempé, avant de m’habiller et de décider d’aller m’acheter un tournevis et d’aller faire mes courses.

Oui parce qu’à ce stade, je veux toujours aller faire mes courses, mon petit tour de marche, et trouver une adresse pour me faire livrer… même trempé avec une annexe en rade à l’extérieur d’une digue.

Je reviens donc une heure plus tard, voir un peu plus, tout content d’avoir pu faire mes affaires et de constater que le vent n’est pas monté, que le bateau n’a pas bougé, et que l’annexe est toujours en vie.

Cependant, une petite frayeur me prend en arrivant à l’annexe, qui, juste devant mes yeux, manque de se retourner après avoir été attrapée par une déferlante… Diantre ! Les vagues sont plus grosses que tout à l’heure, me suis-je dis immédiatement.

Ça me permet de me rendre compte que je ne suis pas du tout tiré d’affaire, parce qu’il va falloir que je monte dedans, j’ouvre le moteur, que je mette des coups de tournevis, et que je fasse marcher ce bousin qui n’aura plus le droit à la moindre fausse note pour nous sortir de là ensuite… parce que 2-3m plus loin, ça déferle, et y’a du courant désormais.

Je vous ai dit que j’aimais l’aventure, c’est ça ?

Bref, quand il faut y aller…

Il faudra 3-4 vidanges du carburateur pour avoir enfin un ralenti stable. Je remonte sur la digue, le moteur allumé, parce que quand je monterais dedans, je n’aurais plus le temps de le démarrer. Je charge dans l’annexe mes victuailles, je détache l’annexe, puis vient le moment de vérité… Je n’ai pas le droit à 2 essais, je ne peux hésiter sur aucun mouvement, il faut que je saute dedans et que je mette les gaz à fond pour nous éloigner de la digue. Si le moteur hésite, on risque de tous passer à l’eau. On y croit ? On est prêt ? Tout le monde est chaud bouillant ?

On laisse passer la vague et… Go !

Ça démarre, je m’éloigne enfin :)

Puis… de l’eau, plus de moteur… heureusement je suis à 10m de la digue. Je mets un coup de tournevis qui était prêt, et je repars pour ce coup-ci m’éloigner pour de bon.

Maintenant il me reste à monter à bord, parce que Vogue Merry commence à bouger sérieusement, puis à aller remouiller le bateau plus loin.

Je ferais tout ça tranquillement mais surement. Je remets l’ancre vers l’entrée de la baie qui est un peu mieux protégé. J’arrête le moteur, ça doit faire 20 min que j’ai quitté la digue, les vagues lui passent désormais par dessus… Il y a maintenant 30kt de vent et des vagues partout dans la baie…

La leçon que j’en tire ? Oh c’est toujours la même, rabâchée des milliers de fois… en mer, la moindre erreur se paie cash, et le prix est d’autant plus élevé que l’on est seul…