La traversée

Publié par Nicolas le 24/09/2018

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Pleine lune

Je suis finalement partie. Le vent m’a porté en Corse, entre Figari et Bonifacio. 2 jours et demi d’une traversée des plus calmes et plaisantes.

J’ai attaqué “Damien”, l’histoire d’un incroyable tour du Monde raconté par Gérard Janichon (Merci Philippe !). L’aventure dans la peau, les coups de vent dans le travers, je suis souriant devant tant d’audaces et une si belle plume. Mes envies de courses au large en profitent pour envahir mon esprit. Elles ne m’ont jamais vraiment quitté, et je sais que toute ma vie n’est qu’une préparation pour ce jour… Ce jour où je quitterais le quai, le ventre noué, mais les cales pleines d’envie d’en découdre avec le grand large.

Je médite sur sa remarque que le lendemain n’a plus d’importance si aujourd’hui se suffit à lui-même. C’est certainement ça la vrai liberté, être libre du lendemain. Le vagabondage en mer nous y incite. Alors j’abandonne une nouvelle fois mes envies de grand Sud pour me contenter de ce que j’ai sous les yeux, la mer, l’horizon, la lune, les étoiles.

Pleine lune

Je constate une nouvelle fois à quel point je peux distordre le temps. Je peux faire en sorte que chaque seconde dure une éternité, ou qu’une journée me glisse entre les doigts. Cela dépend de ma présence. Si j’observe, le temps s’arrête, si je fuis dans mes pensées, le temps coule avec une douceur imperceptible. Je choisis combien de temps dure ma journée, à quel point je suis conscient d’être, d’être présent à la vie, ou d’en être absent. Il n’y a ni bon ni mauvais, juste la liberté de choisir.

La lune et le soleil se succèdent. Je suis en plein milieu de la méditerannée, et ça fait maintenant plus de 24h que je n’ai pas croisé de bateau. J’aime cette sensation d’exlusivité. Mais je ne sais pas vraiment d’où ça vient… En quoi le fait que je sois seul ou qu’on soit nombreux à voir un couché de soleil peut changer mon ressentie ? Mon égo me jouerait-il des tours ? Pourtant je sais que je ne l’apprécierais pas de la même manière depuis un paquebot rempli de convives. Peut-être parce qu’au fond de moi, je sais que tout ça est un cadeau, un cadeau que je me fais à moi-même, parce que je suis venu là, seul, pour être présent devant ce spectacle.

Couché de soleil

Vogue Merry est très autonome et n’a besoin de personne pour avancer. Alors quand je prends la barre, c’est pour le plaisir. Le vent a forcit, et les premiers creux commencent à pousser. Je me glisse au poste de commandement et je déconnecte le pilote. Le génois est plein de vent et sa puissance se ressent dans toute la coque. Je scrute les jolies vagues dans mon dos, et quand une me plaît, je dépose Vogue Merry dans son creux, un coup de barre pour se jeter dans la pente, et en route pour les premiers petits surfs depuis un bon moment ! 8kt, 9kt, 10kt ! Rien d’extraordinaire, mais barreur, bateau, vent et vagues jouent ensemble, à l’unisson. Combien de temps ? Aucune idée… Qu’importe que ces moments aient durer une minute ou 4 heures, ils resteront graver dans notre mémoire.

Navigation

Le choix de l’atterrissage est stratégique, il doit être protégé des vagues et si possible du vent, proposer un espace naturel vierge et paradisiaque à explorer, et avoir du réseau. Non parce que mine de rien, je ne suis pas en vacances, et il faut que je puisse travailler, paradis ou pas… Et accessoirement accèder à la météo. Alors je me concentre sur Google Maps, les cartes maritimes, la position éventuelle des antennes relais, pour imaginer de loin notre chez nous pour quelques jours, et trouver la perle rare sur une carte.

J’arrive au petit matin sur la côte Corse. Je vise le golfe de Ventilègne, juste au sud de Figari. La mer me gratifie d’un dernier couché de lune dans mon dos, et le soleil se lève sur les courbes de la belle endormie.

Corse

Je doute un peu de mon choix, visiblement la houle se rue dans mon mouillage paisible… Tant pis, j’ai 24h à tenir, après le vent tourne pour la semaine. Je pose l’ancre au milieu d’une nature sauvage, tout juste troublé par le passage d’un kayak. Sinon je suis seul, et j’ai du réseau. C’est l’heure du café, d’une sieste, et de reprendre le rythme d’une vie à chaque fois renouvelée.

Nicolas