Quand ça dérape...

Publié par Nicolas le 02/10/2018

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Mouillage en Corse du sud

Tout est allé très vite, dans un calme étonnant.

Il faisait nuit et je dormais. Je suis réveillé par une petite pluie qui frappe le pont. Je me lève pour vérifier les ouvertures du bateau. Le vent a tourné, mais il est très léger. Je ne peux pas mettre l’alarme mouillage, la chaîne n’est pas tendu et le bateau se ballade autour de l’ancre.

Je me rendors.

Je me réveille à nouveau, le vent siffle désormais dans les haubans. Je vérifie la situation, tout va bien, la chaîne est tendue et le mouillage tient bien. J’en profite pour mettre l’alarme qui m’avertira au moindre changement de situation.

Je me rendors.

L’alarme sonne. J’ai l’impression que ça fait à peine 10 min que je l’ai mise… Ça ne sent pas bon… pas bon du tout… Le vent souffle fort et tout bouge. Je saute de mon lit, on y est, ça dérape… l’ancre a glissé d’un bon 15m.

Il n’y a pas d’urgence, mais il faut que je me prépare à sortir Vogue Merry de la baie si jamais ça empire. Je m’habille chaudement, je range et vérifie que le bateau est prêt à reprendre la mer. J’allume le moteur.

Il est 4h30 du matin, il fait noir dehors, la lune est cachée par les nuages, les rafales atteignent désormais les 35kt…

Ça dérape de nouveau, 10m, 20m, le bateau recul à chaque rafale.

Le calme est mon allié. Il faut que je reste calme, et que j’analyse la situation, que j’anticipe. Ne pas rajouter d’erreurs, ne pas me précipiter.

Rochers en Corse du sud

J’ai 2 soucis à gérer, le premier est que le vent n’est pas dans l’axe prévu, et que je me rapproche dangereusement des rochers.

Le deuxième est que relever seul les 60m de chaînes d’un bateau qui doit approcher les 13 tonnes, par 35kt de vent, n’a absolument rien d’évident. Surtout si il y a des rochers derrière… Je ne peux pas être à la barre et à l’avant pour remonter l’ancre, et en raccourcissant la chaîne au fur et à mesure, le bateau va forcément partir à la dérive avant que tout ne soit à bord…

Ça dérape de nouveau. Je ne suis pas intervenu. Tant qu’il n’y a pas d’urgence immédiate, mon soucis est de stabiliser la situation pour pouvoir sortir de là calmement. Le bateau est passé le long des rochers, ils sont à 10-20m sur bâbord, derrière c’est la pleine mer.

Tout va bien mais je sais qu’une rafale de travers propulserait Vogue Merry sur les rochers, je ne peux pas rester là. D’un autre côté, lever l’ancre maintenant représente un grand risque que le bateau parte sur la côte pendant la manœuvre… Il faut que je trouve une solution.

Je retourne à la barre. Je mets la marche avant au ralentie et je bloque la barre à tribord pour voir le comportement du bateau.

Ça marche ! Le moteur réduit la tension sur la chaîne, ça devrait faciliter le relevage, et surtout le bateau ne dérape plus. La barre à tribord maintient le bateau éloigné des rochers. C’est le moment d’y aller…

Je me concentre, j’envisage toutes les possibilités, toutes les erreurs, tous les problèmes. Surtout ne pas courir, surtout ne pas me précipiter. Rester calme.

La chaîne remonte à bord, d’abord doucement, puis à la faveur d’une accalmie de plus en plus rapidement, le bateau continue de vouloir s’éloigner des rochers. C’est le moment critique, une rafale arrive, l’ancre décroche, le bateau part franchement dans la direction opposée des rochers… je finis de remonter l’ancre, et je retourne à la barre. Je coupe le moteur et je laisse le bateau dériver vers le large.

Je respire…

Je le sais, Vogue Merry est sortie de ce piège, mais le problème n’est pas résolue pour autant, il faut que je trouve un refuge, de nuit, en pleine tempête.

Il me faudra 3 essais, et autant de remonté de mouillage rocambolesque pour finalement trouver mon bonheur sur une plage abritée du vent, bien plus au Nord.

Maisons en Corse du sud

Il est 11h du matin, c’est l’heure du café, d’une sieste, et de reprendre le rythme d’une vie à chaque fois renouvelée.

Nicolas