Dans les bras de ma mer

Publié par Nicolas le 26/10/2018

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Mouillage en Corse du sud

Il fait beau, c’est une navigation calme entre Corse et continent.

J’ai mis un peu le moteur cette nuit pour soutenir l’allure, la pétole arrive et je ne veux pas perdre ce petit air qui me ramène sur terre.

Mais le jour se lève et le vent est monté d’un cran. J’en profite pour aller recoucher le moteur, et le silence se fait. Le soleil me réchauffe. Vogue Merry navigue désormais tranquillement au travers du vent, toute toile dehors.

C’est l’un de ces innombrables moments où je n’ai rien à faire. Tout est à sa place, et tout ce qui pourrait éventuellement être fait me semble futile.

Je me retrouve de nouveau face au vide, face à moi-même, face à mes pensées.

Je m’ennuie…

Alors je sors dehors pour faire quelque chose, m’occuper, prendre l’air, je ne sais pas trop…

Je campe dans l’une de mes positions favorites, debout, accoudé à la capote, avec une vue sur les voiles, la mer, le soleil. Je peux rester longtemps comme ça…

Le soleil me caresse le dos, le vent le visage.

J’aime cette sensation de fraîcheur et de chaleur en même temps. Je ressens ça aussi en montagne, le matin souvent, quand le soleil vient balayer la rosée de la nuit à la sortie de la tente.

Mes pensées resurgissent. Elles veulent leur place dans le paysage. C’est vrai ça, pourquoi ne pas se resservir un coup de solitude, de manque d’argent, de peur de l’avenir, dans ce magnifique moment ?

Mais la mer les appelle ! Elle me demande de les jeter par dessus bord, elle s’en occupera. Alors je prends un par un mes manques, mes besoins, mes peurs, et tout passe à l’eau.

Mon esprit se vide.

Et plus je le fais, et plus j’ai l’impression de jouer ! Je traque chacune de mes pensées qui se prennent un coup de batte pour finir à la baille !

Le vent se joint à la partie, et me purifie, me transperce et me nettoie.

Mon esprit s’éclaircit pour devenir un diamant d’une lumière éclatante.

Une joie profonde s’installe, doucement d’abord, puis de plus en plus affirmé, impérative.

Petit à petit, pensée après pensée, elle s’impose, et fini par m’envahir totalement.

Je suis seul en mer, et je ressens un bonheur, une plénitude, comme j’ai rarement connue dans ma vie.

Et puis elle est venu…

La mer, MA mer…

Et elle m’a pris dans ses bras…

Ça a duré un instant, ou un siècle, je ne saurais le dire.

Je suis un enfant dans les bras de sa mère, et elle me parle, elle me réconforte. Elle me dit de ne pas avoir peur, qu’elle est là désormais, et qu’elle le restera, toujours à mes côtés. Elle me berce au rythme des vagues. Je ressens un amour au-delà de tout ce que je connais. Une joie foudroyante. Une confiance absolue…

Je…

Je me tiens toujours debout, accoudé à ma capote, mais je vacille, tout mon corps est traversé de vibrations, comme électrisé…

UNE BALEINE !!!

Non je n’y crois pas, je suis dans un état second, et je crois avoir vu la queue d’une baleine, là, juste devant le bateau…

Putain, UNE BALEINE !!!

Je hurle, elle est là, juste devant, et elle est IMMENSE !!! Elle traverse la route du bateau, je vois désormais sa queue, son dos, son souffle.

Elle plonge ! Je plonge avec elle, elle ressort, je respire, elle replonge, je repars…

Je suis en apnée…

Je ne sais plus ce qui est réel ou pas, je ressens à peine mon corps…

Je crois que je pleure. Je pleure d’une joie indescriptible, spontanée, venue de nul part…

Enfin peut-être que… peut-être que je sais d’où vient cette joie… peut-être que je viens de retrouver quelque chose que j’avais perdu… Je n’arrive pas à savoir quoi précisément, mais c’est une joie de retrouvailles…

Un poisson saute en l’air à 3m de moi… pfff… c’est incroyable…

Stop ! C’est trop…

La mer semble briller de milles feux, j’ai l’impression que tout l’univers fête nos retrouvailles.

Un autre poisson saute de nouveau juste à côté de moi… Comme si il hurlait que tout ça est bien réel… qu’il faut que je l’accepte…

Je ne sais plus… je suis perdu…

Alors je m’abandonne, je n’ai pas besoin de croire. Il n’y a rien besoin de croire.

Juste accueillir, accueillir ce cadeau, ce moment unique, qui n’appartient qu’à moi…