Une première traversée difficile

Publié par Nicolas le 09/08/2017

Traversée de Magic 44 Il fallait bien que ça arrive, cette traversée fut notre première qui fut difficile. Et ce ne fut pas à cause du vent, ni de la mer, mais à cause de la chaleur…

Les températures ont sérieusement commencées à monter à Stromboli, je crois que c’est la vague de chaleur qu’a subit le sud de la France qui nous a rejoint. Gaspard a commencé à avoir des boutons de chaleur après une ballade dans le village, mais c’était déjà le moment de lever l’ancre en direction de Corfou, ou nous sommes attendu pour naviguer de conserve avec Christophe et sa famille.

Il n’y a pas de vent pour rejoindre le détroit de Méssine, qui sépare l’Italie et la Sicile, mais il y en a pas non plus de prévu pour les prochains jours, il faut faire cette petite traversée au moteur, en plein après-midi. Le soleil tape, mais l’intérieur du bateau est encore supportable avec nos petits ventilateurs de poche. Tout le monde va bien, et le soleil se couche paisiblement, nous amenant sa fraîcheur promise, lorsqu’on commence à voir apparaître le détroit.

C’est dommage de ne pas passer le détroit de jour, visiblement les rives sont animées, mais il y a beaucoup moins de trafic de nuit, alors qu’il y en a déjà pas mal, entre les cargos qui passent, les divers ferries, bacs et bateaux à moteurs qui traversent à toute allure jusqu’à tard dans la nuit, il faut rester attentif en permanence. Surtout qu’avec les lumières de la ville au bord, on ne distingue quasiment pas les lumières des bateaux… On est contents d’avoir le radar pour surveiller tout ce petit monde !

Effet bénéfique des détroits, le vent se lève en même temps que le courant, nous descendons donc entre Italie et Sicile entre 7 et 9kt, enfin sous voile avec un air étonnament frais !

C’est à la sortie du détroit que tout a basculé, Flo est de quart, il doit être 4h du matin, je me repose, et j’entends Flo m’appeler tout en sentant le bateau se coucher d’un coup. Ca s’appelle un départ au tas, ou au lof, bref un coup de vent horriblement chaud et humide vient de prendre le bateau de travers, le pilote n’arrive plus à suivre et le bateau se couche. Rien de bien grave en soit, je rétablis la route, mais on est en pleine nuit, et la température vient de monter de 10°C avec un taux d’humudité de 100%…

Puis le vent se recouche, nous laissant dans cette torpeur…

On va conserver cet air jusqu’en Grèce, pendant nos 3 jours de traversée. Le vent suit les thermiques et monte à 10kt le matin et le soir, mais c’est la pétole en pleine journée, dans 35 à 40°C saturés d’humidité. Tout est moite, et on ne trouve aucun endroit frais pour pouvoir souffler un peu. On s’asperge de seaux d’eau de mer régulièrement, mais c’est loin de suffire. Nos deux petits ventilateurs tournent à plein régime principalement sur Gaspard qui est maintenant couvert de boutons de chaleur. Auguste en souffre aussi. Le reste de l’équipage est surtout épuisé par cette chaleur étouffante.

Le 3ème jour, il y a enfin les conditions idéales pour tester notre spi asymétrique. On ne l’a encore jamais sorti, les petits trajets ne se prêtant pas aux grandes manœuvres nécessaires pour le sortir une première fois, et on n’avait encore jamais réuni les bonnes conditions en traversée. Mais ce coup-ci c’est bon, on a un vent portant de 5-6kt, et je suis suffisamment en forme pour gérer.

Je grée tout le spi, et ce fut le moment tant attendu, de quelle couleur est-il ?!? Je le monte au mat, je hisse la chaussette, et il s’étale pour la première fois devant nos yeux, c’était magnifique.

Il est orange et gris donc ;) en parfait état, et surtout il marche très bien ! Le bateau qui a l’habitude d’avancer à 2-3kt dans ces conditions accélère rapidement à 5kt ! Ca fait de l’air et de l’ombre sur le bateau, on avance à bonne allure vers la Grèce, le sourire revient sur tous les visages.

Mais on ne restera pas longtemps dans cette configuration, le vent refuse (vient plus de l’avant du bateau au lieu de l’arrière) et monte à 10kt. On arrive à tenir le spi à 90° du vent un petit moment, mais le vent monte encore, il est temps d’affaler pour repasser sur le génois.

C’est le soir, on doit arriver au petit matin, le bateau continue de bien avancer dans ce vent qui monte, qui monte, qui monte… après la torpeur humide, nous voici finalement pris dans un bon coup de vent de travers. Oh rien de bien gros non plus, 20-25kt de travers avec des creux d’un peu plus de 1m, mais suffisamment pour ballotter tout le monde, et empêcher Flo de dormir. Il fait désormais nuit, et je peux admirer la mer qui secoue le bateau sous une magnifique pleine lune. Je dois me contenter de rapide sieste de 15min, ne pouvant compter sur le relais de Flo pour le moment.

Le vent tombe vers 2-3h du matin, j’en profite pour laisser le bateau à Flo pour me reposer, je vais devoir gérer l’arrivée à terre quelques heures plus tard.

On arrive enfin en Grèce. Corfou est de l’autre côté de l’île qu’on vient de rejoindre, encore à 4h de route. Je fais le choix de poser l’ancre un peu pour nous reposer avant de finir le trajet. Je choisi un mouillage qui m’a l’air sympathique sur la carte, “les falaises blanches”, une grande baie avec 5-6m de fond sans difficulté apparente.

Première surprise, la terre qui s’avançait sur la carte pour fermer la baie est juste un grand rocher affleurant. Le temps que je le vois et que je comprenne la situation, il était 100m devant, on fonçait dessus !!!

Je me remets de mes émotions, je contourne l’obstacle, et j’avance tout doucement dans la baie.

Mais deuxième surprise, les fonds que je mesure ne correspondent pas à la carte… étrange… je continue doucement quand tout d’un coup je vois le sondeur monter… 3m, 2m70, 2m30, 2m !!!! Pas le temps de faire une marche arrière, faut laisser glisser le bateau… J’ai 2m20 de tirant d’eau, mon sondeur n’est pas étalonné précisément, et on passe… On glisse au-dessus d’un rocher et j’attends qu’il y ait de nouveau un peu d’eau sous la quille… Mais ca ne revient pas beaucoup. Je suis censé avoir 5m d’eau, il y en a pas 3… je regarde autour du bateau, on est entouré de rochers…

J’avance au ralenti pour trouver une sortie, quand, 3ième surprise, je vois un filet de pèche installé sur des pieux affleurant totalement abandonné sur mon tribord o_O Mais c’est quoi cette baie? Le soleil se lève et règne une ambiance glauque, entourée de rochers et de filets abandonnées…

Je continue d’avancer en direction du large, tout doucement, en me demandant ce que je fais là. Avec la fatigue, je comprends pas trop ce qu’il se passe à vrai dire…

Et puis forcément, un filet apparaît juste devant le bateau, pas le temps de freiner, je risquerais de prendre l’hélice dans un bout du filet, il faut laisser faire et voir ce qu’il se passe…

Le filet plein de vase et de coquillages et à moitié déchiré se prend dans la quille. Il restait accroché à ses 2 pieux. Je passe entre, et ils s’arrachent, le filet plonge sous la quille, faut maintenant éviter qu’il ne se prenne l’hélice et le safran, mais visiblement la quille l’a suffisamment fait couler et on passe.

Je prendrai encore 10 min pour rejoindre une zone avec du fond, très loin de la côte et très loin de ce qu’indiquait la carte. Je mouille l’ancre, et je vais me coucher… épuisé…

On fera le reste de la route en fin de journée, après avoir passé le gros de la chaleur à se baigner.

On récupère désormais à Corfou et tout va mieux. La chaleur est plus sèche et surtout on peut se baigner en permanence. Auguste et Gaspard dorment à la belle étoile pour ne pas transpirer dans leur lit, et tout le monde se repose tranquillement, en attendant de nouvelles aventures ;)