Vagabond des mers

Publié par Nicolas le 06/09/2017

Vagabond des mers du sud - Bernard Moitessier

Je viens de finir “Vagabond des mers du Sud” de Bernard Moitessier. Je ne l’avais jamais lu, c’est pourtant un grand classique. Florence l’a acheté juste avant qu’on quitte la France. On aurait dû l’acheter plus tôt, mais comme on avait demandé à nos proches de nous offrir des livres pour nous bâtir une solide bibliothèque, on savait qu’on prenait le risque de l’avoir en double. Ça aurait été fâcheux, surtout pour ceux qui nous l’offrait. En tout cas ça ne nous est pas arrivé, on nous a offert pleins d’autres bouquins qui attendent sagement que je les dévore, on a complété notre bibliothèque juste avant de partir.

Je le réservais pour la traversée de l’Atlantique. Ça me semblait opportun. Mais ne sachant pas trop comment prendre ma nouvelle solitude, je me suis dit qu’il aurait certainement des choses à m’apprendre. De toute façon, si j’attends la traversée de l’Atlantique, il risque de moisir le pauvre…

Je n’ai jamais été seul de ma vie. Pas un jour. Enfin si, mais il y avait toujours quelqu’un pour m’attendre quelque part. Je n’avais jamais été “vraiment” seul. Attendu nul part.

A 18 ans, j’ai sauté de ma famille à mes nouveaux amis de l’internat de la Martinière le jour même. Quoi que les bien-pensants puissent en penser, vive le bizutage ! Ce sont toujours mes amis les plus proches en tout cas.

La transition vers ma vie en couple fut plus douce, mais sans ne jamais vivre seul.

J’ai toujours aimé la solitude, mais quand on n’est jamais seul, c’est plus facile. C’est temporaire.

Je n’ai pas réellement pensé à l’après ma vie de famille. Je ne voulais pas y penser à vrai dire. Je ne voulais pas me laisser guider par mes peurs. C’est pas mon truc. C’était le présent qui a motivé ma décision, pas un éventuel futur. Mais maintenant mon présent est solitaire, et pour de vrai.

Tout ça pour dire que malheureusement, Mr Moitessier parle beaucoup, mais pas de solitude. Je ne suis même pas sur d’avoir trouvé le mot une fois dans le livre. Solitaire oui, solitude non. Il parle surtout de son amour pour cette vie sur son bateau, et c’est finalement peut-être ce que j’avais le plus besoin de lire.

Il parle de sa soif absolue de liberté, des asservissements qu’on ne manque jamais de créer, du plaisir de la simplicité, et nous raconte avec humilité comment il s’en sort tant bien que mal.

Il casse quand même deux bateaux en un bouquin le gars… je sais pas si c’est un affaire rentable de naviguer pour écrire un livre…

C’est le 2ième bouquin du genre que je lis, je me suis déjà farci l’immanquable “Navigateur en solitaire” de Joshua Slocum, le premier homme à faire le tour du Monde à la voile en solitaire. C’était y’a tellement longtemps que quand il est arrivé en Afrique du Sud il ne pouvait pas dire qu’il faisait le tour du Monde parce qu’officiellement la terre était encore plate là-bas… C’était un blasphème de dire le contraire.

J’ai lu aussi Robinson Crusoé récemment. Ben lui il parle de solitude ! M’enfin ça fait pas rêver pour le coup.

Quand Moitessier parle des contraintes nécessaires pour créer sa liberté (entretien du bateau, travail pour remplir la caisse de bord), Robinson parle de la libération créée par son emprisonnement… Ça fait réfléchir non? Ils auraient peut-être dû en parler ensemble au lieu d’écrire chacun un bouquin dans son coin, ça nous aurait facilité la tâche…

Mais revenons à mes moutons… Vivre seul.

La vie de Robinson ne m’intéresse pas du tout en fait. Je ne m’y retrouve pas. La liberté qu’il trouve dans son enfermement ne me plait pas. Surtout habillé avec des peaux de chèvres, barricadé, alors que l’île est déserte… c’est fou ce que la peur fait faire à l’homme !

On dit qu’il faut de la contrainte pour obtenir de la créativité, ça marche pour certains mais pas pour moi. Pareil pour la liberté. Je ne cherche pas à être libre dans un cadre. Je cherche la sortie du cadre. La liberté comme postulat de départ, pas comme un aboutissement. Je ne construis pas ma liberté sur quelque chose, je construis quelque chose sur ma liberté.

C’est peut-être ce qu’il s’est passé dans mon couple. Tant que nous étions libre, à courir la vie à deux sans limite, nous étions heureux. Notre couple serait devenu un cadre pour moi, à un moment donné… Peut-être…

On en revient donc à Bernard et Joshua, parce que là ça me parle. Non pas que je cherche à vivre seul, j’ai été très heureux en famille. Mais je me retrouve dans cette soif de liberté, dans cet amour de la mer, de la voile, et du large. Et puis ils ne sont pas seuls justement, à l’inverse de Robinson. C’est avant tout une vie de rencontres, de découvertes et d’aventures humaines. C’est certainement pour ça que leurs livres ne parlent pas de solitude…

Comment gérer ma nouvelle vie solitaire donc? Leur exemple me fait envie. J’ai mes contraintes, mes enfants, mon entreprise, mais j’ai aussi mon bateau, et je vis déjà dessus…

Est-ce que si j’apprends à gérer mes contraintes depuis Vogue Merry, devenir un vagabond des mers pourrait me permettre de continuer de vivre seul, et de m’épanouir?

Parce que finalement, la liberté, la mer, tout ça, ce n’est pas le but. Je crois que je cherche seulement à m’épanouir, me découvrir, et certainement à répondre à la seule question qui vaille finalement, qui suis-je?